L'incohérence, ou comment EDF va faire payer les économies d'énergie

Publié le par Jeunes Socialistes 03


(version corrigée et mise à jour à 13h46)
Depuis de nombreuses années, on ne cesse de nous répéter, à juste titre, "éteignez les lumières et appareils inutiles", "ne laissez pas vos ordinateurs en veille", bref, "faites des économies d'énergie!". 
 
Voltalis, société fondée en 2007, propose des compteurs dits "intelligents", placés en aval du compteur EDF, et qui se chargent justement d'automatiser ces réflexes simples qui permettent d'économiser de l'électricité. Via d'autres boîtiers placés sur le réseau domestique, ce compteur est capable, lors des pics de consommation, de commander à un radiateur ou à un chauffe-eau de se couper quelques minutes. Placés dans 10000 foyers, ces boîtiers permettent d'économiser jusqu'à 10 MégaWatts en une heure. Quand on sait que la puissance actuelle d'une centrale électrique française (hors EPR) se situe aux alentours de 900 MégaWatts, imaginez si cela se développait à l'ensemble des foyers français...Cela permettrait d'immenses économies d'électricité.
Oui mais...EDF ne l'entendait pas de cette oreille et a déposé un recours au sujet de la rétribution de ces économies, auprès de la Commission de Régulation de l'Energie (CRE), qui vient de rendre son verdict : ces économies doivent être taxées, et le manque à gagner doit revenir au producteur (donc EDF), en vertu du principe de facturation de l'énergie "injectée" au lieu de l'énergie "consommée". La CRE s'est donc clairement positionnée en faveur des producteurs et non des consommateurs.
 
Cette décision est absurde, quand on sait qu'aujourd'hui il devient crucial de réduire notre consommation énergétique. De plus, il serait peut-être plus intelligent du côté d'EDF de réflechir à ce type de compteurs intelligents, qui permettraient d'éviter l'augmentation de la capacité de production d'électricité, et donc l'augmentation de 20% des tarifs que demande son PDG, Pierre Gadonneix.
Mais bon, là on commence à parler argent...et il paraît que dans ces cas-là, l'incohérence n'existe pas. 

Précision : Pour bien comprendre les enjeux de ce sujet, il faut rappeler que le système électrique fonctionne avec quatre parties : le producteur (EDF), les fournisseurs (EDF en majorité et quelques fournisseurs "alternatifs"), le consommateur et le gestionnaire du réseau, RTE (Réseau de Transport d'Electricité). Ce dernier est chargé de s'assurer que le réseau est toujours équilibré, entre demande et production.
Si un des fournisseurs a mal programmé sa production, et qu'à un moment donné la demande des ses clients devient supérieure à sa production, un déséquilibre sur le réseau électrique apparaît. RTE a deux choix : demander à un producteur d'augmenter sa production (surproduction facturée au fournisseur imprévoyant, via RTE) ou bien faire diminuer la demande des autres clients, via justement ces "compteurs intelligents" qui peuvent arrêter des appareils de manière transparente pour le consommateur. La deuxième solution a l'avantage de ne pas consommer plus d'énergie.
Mais c'est là que le problème cité dans notre article intervient. L'électricité non consommée par les clients équipés de "compteurs intelligents" part dans le réseau pour "boucher" le déficit du fournisseur imprévoyant.
Cependant, le fournisseur "prévoyant" doit donc assumer "l'imprévoyance" de l'autre fournisseur. Il est donc normal que ce dernier rémunère le premier, via RTE. Cependant (et c'est là que tout se complique!), l'électricité détournée n'a physiquement pas été consommée par les clients équipés des compteurs intelligents. Il serait donc normal que les clients concernés voient leur facture diminuer d'autant.
Et c'est là qu'intervient l'injustice, puisque ces clients n'auront aucun bénéfice à avoir moins consommé...au nom du principe de facturation à l'électricité "injectée" et non à l'électricité "consommée".
 
Vous pourrez retrouver l'intégralité de la décision à cette adresse : http://www.cre.fr/fr/content/download/8808/155078/file/090709Effacementsdiffus.pdf 

Publié dans Politique nationale

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V
Merci à l'auteur de cet article pour avoir abordé ce sujet. Article détaillé, clair, en un mot : lumineux !
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